Quand le symptôme vient d'avant nous


Il arrive qu'on tourne en rond. On a compris le mécanisme, on sait d'où vient la peur, on a même travaillé dessus — et elle revient intacte. Dans ces cas-là, je propose souvent de sortir une feuille et de remonter d'une génération ou deux.
Un héritage qui ne passe pas par les mots
Nous héritons de bien plus que d'un nom et d'une couleur d'yeux. Nous héritons de manières de faire face, de sujets qu'on n'aborde pas, de dates qui reviennent, de métiers repris sans avoir été choisis. Cet héritage se transmet dans le non-dit autant que dans le dit — et c'est justement parce qu'il n'est pas formulé qu'il continue d'agir.
La psychogénéalogie est la démarche qui permet de comprendre cet héritage, d'en utiliser au mieux ce qui porte, et de transformer ce qui pèse. Elle ne consiste pas à trouver un coupable dans la famille. Elle consiste à rendre visible ce qui circulait sans être vu.
L'arbre comme outil de travail
Concrètement, nous dessinons l'arbre généalogique : trois, parfois quatre générations. Les naissances, les décès, les unions, les séparations, les métiers, les déplacements, les maladies quand elles sont connues. Ce n'est pas un travail d'archives — l'exactitude historique compte moins que ce que la personne sait, croit savoir, ou n'a jamais osé demander.
Puis on regarde les alignements. Un âge qui revient, un prénom repris, un même événement à la même place dans trois fratries successives. Ces coïncidences ne prouvent rien en elles-mêmes ; elles servent d'hypothèses. Et c'est le test musculaire qui vient ensuite dire si le corps y réagit ou pas.
Loyautés muettes
Ce qu'on rencontre le plus souvent, ce sont des loyautés. Ne pas mieux réussir que son père. Ne pas être heureux là où quelqu'un a souffert. Occuper la place d'un enfant qui n'a pas vécu. Personne n'a jamais formulé ces règles, et pourtant elles sont respectées à la lettre, parfois sur trois générations.
Le travail ne consiste pas à rompre ces loyautés — on ne se libère pas de sa famille en la reniant. Il consiste à les rendre conscientes, puis à leur donner une autre forme : garder la fidélité, changer le prix à payer.
Ce que cela ne remplace pas
La psychogénéalogie est un outil de compréhension, pas une thérapie du traumatisme ni un suivi psychologique. Quand une histoire familiale touche à des faits lourds — violences, deuils non faits, troubles psychiques —, un accompagnement psychothérapeutique est nécessaire, et je le dis clairement plutôt que de continuer seul.
Nous en parlons toujours avant de nous lancer. Certaines séances remuent, et il vaut mieux savoir à l'avance dans quoi l'on entre.